Les confitures d’autrefois étaient-elles meilleures ?

Autrefois la confiture

La nostalgie des saveurs d’antan et le doux parfum des moments partagés durant l’enfance feraient infailliblement répondre par l’affirmatif à cette question. Nous avons, pour beaucoup d’entre-nous, des souvenirs précis et parfois arrangés de douceurs enfantines : gâteaux, bonbons et confitures… Mais qu’en est-il exactement de cette impression généralisée qu’auparavant les mets avaient un meilleur goût ? Les confitures reviennent très souvent en tête de cet inventaire des plus gourmands souvenirs.

Le Temps

La pratique de la confiture est affaire de technique, de connaissance, d’expérimentation et de minutie. En un mot, elle nécessite du temps, cette notion qui semble encore plus aujourd’hui nous faire défaut. L’homme pressé ne trouvera pas dans cette pratique une activité à sa démesure. Faire des confitures, à fortiori des bonnes confitures nécessite du temps, c’est une parenthèse singulière pour tester notre maîtrise et retrouver le rythme essentiel de la nature. Nos aïeux disposaient du même temps que nous, mais n’en faisaient pas le même usage. Pour l’homo faber le temps permettait de peaufiner son ouvrage quel qu’il était.. Le confiturier au fil des saisons « chaudronnait » à sa guise avec pour objectif, suivant ses exigences personnelles, d’arriver au meilleur des résultats. En est-il de même aujourd’hui ?

Les fruits

orange

orange

Les fruits ne sont plus les mêmes… Les variétés anciennes ont été peu à peu remplacées par des nouvelles parfois juridiquement protégées ! Leur nom est de moins en moins poétique et parfois codifié en un jargon alpha numérique. Elles sont de plus en plus en productives, ont une meilleure capacité de conservation et sont de plus en plus d’une esthétique irréprochable. Mais leur goût est-il comparable avec celui d’avant ? Pas si sûr, car les variétés crées, le sont d’abord pour des critères économiques et techniques pas pour le plaisir de notre palais ou en tout cas, très rarement. Le confiturier doit démêler le faux du vrai, isoler dans ce fatras la perle rare de producteur qui cajole encore ce qui est bon pour le  partager avec d’autres idéalistes.

Le sucre

sucre en poudre

En découvrant d’anciens ouvrages sur les confitures, nous pouvons êtes surpris de la proportion très importante de sucre qu’elles comprenaient. Les chaudrons à confiture de nos grands mères et arrière-grands mères contenaient jusqu’à 65% de sucre (et parfois même plus). Le sucre en abondance et à un prix raisonnable n’existe que depuis le XIX ème siècle, après la découverte du procédé de raffinage du sucre de betterave. Le sucre désormais démocratisé était encensé dans les ouvrages gourmands. Depuis une vingtaine d’années l’emploi de sucre ordinaire (entendez par là de saccharose) est sujet à caution ou du moins entretient le doute. La nutrition souligne ses inconvénients, certains auteurs plus ou moins scientifiques vont même jusqu’à le comparer à un poison. C’est pourquoi les confitures artisanales sont de moins en moins sucrées. Les goûts évoluent également. Le sucre n’enchante plus autant les papilles gourmandes. Il faut cependant distinguer la teneur réelle en sucre, de sa perception. Certaines confitures semblent sucrées alors qu’elles contiennent des quantités raisonnables de sucre. D’autres, nous apparaissent bien sucrées, car les fruits sont bien mûres (le fructose contenu par les fruits a un pouvoir sucrant supérieur à celui du saccharose. La règlementation précise qu’une confiture pour justifier de sa dénomination doit être préparée avec un minimum de 40% de sucre. Il y a quelques années encore, l’extrait sec d’une confiture mesurée au réfractomètre (c’est à dire principalement sa teneur en sucre) était de 61° Brix. Aujourd’hui, le règlement européen l’a rabaissé à 55°Brix… signe des temps !

Les particuliers réalisent encore bien souvent leurs confitures avec 50% de fruits et 50% de sucre. L’artisan est le plus souvent autour de 40% de sucre et 60% de fruit. Il préfère parfois même sortir du cadre réglementaire de la confiture pour préparer des préparations « à base de fruit » avec un pourcentage de sucre bien inférieur.
La diminution de la teneur en sucre pose cependant des problèmes techniques pour la préparation et la conservation des confitures. Le sucre contribue à sa bonne conservation en piégeant les molécules d’eau résiduelles. C’est pourquoi, certains artisans estiment nécessaire un traitement thermique pour garantir sa pérennité à la confiture. La diminution du sucre a aussi des conséquences sur la gélification. En effet, la pectine pour assurer sa gélification tri-dimensionnelle a besoin d’une base, une fondation, c’est le rôle de cet ingrédient sec. Pour compenser ce manque, le confiturier moderne a recourt de plus en plus à l’usage de pectine extraite.

Une meilleure technique par une meilleure connaissance et analyse des phénomènes

L‘artisan confiturier d’aujourd’hui a à sa disposition un solide bagage théorique ce qui doit lui permettre de mieux ajuster les différents paramètres essentiels pour la production d’une confiture. Même si sa compréhension intuitive comme son expérience n’en demeurent pas moins ses atouts premiers, il peut également compter sur des indicateurs clairs pour concevoir son produit. Sa valeur humaine est en effet complétée idéalement par un appui technique et rationnel (calcul des recettes, analyse des différents paramètres (ph, extrait sec…), utilisation d’instruments de mesure comme le réfractomètre. Tout cela contribue sans aucun doute à l’amélioration d’ensemble des confitures, même si les contraintes de la rentabilité économique doivent en toute honnêteté nous obliger à relativiser ce constat.

La créativité et la qualité

Reflet d’un monde qui bouge sans cesse jusqu’à s’écarteler même quelquefois, la créativité est presque, c’est un paradoxe, de rigueur dans la profession de confiturier. Des créations originales et savoureuses sont mises en bocaux aux quatre coins de l’hexagone, sans oublier les DOM TOM.

Pourtant créativité ne rime pas automatiquement avec qualité. Les mariages heureux existent, mais ils ne doivent pas être contre nature et c’est bien là la difficulté, car c’est question de goût et donc d’esprit. Le hasard seul ne faisant pas toujours bien les choses, nous attacherons donc à mettre en évidence des valeurs convenues comme le travail et le discernement. Et si le génie a souvent l’humeur nomade, résolvons nous à nous contenter de fixer la couleur et donc la saveur d’un bon fruit, ce qui est bien loin d’être chose aisée.

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